Pourquoi Personne n’achète de Chromebook en Europe ?

Malgré les indéniables avantages des chromebook, très peu de personnes en achètent en Europe.

En fait, le marché européen des chromebook ressemble fort à celui du reste du monde. Que ce soit en Amérique Latine, en Asie ou en Afrique du Nord, les ventes de chromebook n’ont jamais été comparables au succès connu aux États-Unis.

Il suffit de regarder les graphiques ci-dessous pour s’en rendre compte. Même en regroupant tous les autres marchés dans le monde, le total n’arrive pas au tier de celui des État-Unis.

Graphique reprenant les livraisons de chromebook dans le monde entre 2014 et 2016 :

Graphique montrant les livraisons de chromebook en Europe

Pourquoi leurs ventes sont-elles si basses ailleurs dans le monde ? Quelles sont les différences de marché qui ont entraîné un tel engouement pour les chromebook de l’autre côté de l’Atlantique ? Lisez la suite de cet article pour le savoir.

Les raisons pour lesquelles peu de gens achètent un chromebook

Les chromebook sont des produits vendus dans une économie libre et capitaliste.

Dans une telle économie, la supériorité d’un produit n’est pas l’unique paramètre qui détermine son succès.

Les lunettes Ray-Ban sont un produit à succès. Est-ce que ce sont les meilleures lunettes de soleil du marché ? Est-ce qu’elles filtrent le mieux les U.V, ont la meilleure ergonomie ou le meilleur rapport qualité/prix ? Absolument pas.

Le casque audio Beats by Dre est un produit à succès. A-t-il la meilleure qualité sonore, le meilleur design, la plus longue durée de batterie ou la meilleure durabilité ? Bien sûr que non.

De nombreux paramètres entre en jeu lorsqu’il s’agit de déterminer du succès d’un produit. En ce qui concerne les chromebook, voici les plus importants d’entre-eux.

L’ignorance

Premièrement, il est difficile d’acheter un produit lorsqu’on ignore son existence.

Sur le marché des ordinateurs portables, la concurrence est rude. Des gigantesques marques comme Lenovo, Apple, HP, Acer ou encore Asus se battent depuis des années pour prendre la plus grosse part du gâteau.

Cependant, le marché est en déclin. Les ventes d’ordinateurs portables de cessent de baisser d’années en années au profit des smartphones et des tablettes.

En plus de ça, la concurrence est tellement rude sur l’entrée et le milieu de gamme que les marges sont presque inexistantes. En 2014, la marge moyenne par PC vendu était de moins de 15$. La même année, HP a réduit ses effectifs de 34 000 personnes.

Face à un marché en déclin extrêmement concurrentiel, les constructeurs font ce qu’ils peuvent pour s’en sortir. La stratégie la plus efficace ces dernières années a été de miser sur le haut de gamme.

Les ultrabook et les pc portables gamers de dernière génération sont constamment sous les projecteurs, avec des prix très élevés et nettement plus de place pour se faire de la marge.

Derrière cette poussée vers le haut de gamme, les ordinateurs portables “normaux” sont laissés pour compte.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi les performances des pc portables Windows entre 300 et 500 € ne s’améliorent presque pas d’année en année ?

Mettez vous à la place des constructeurs. À quoi bon investir et innover dans une gamme de produits qui ne rapporte presque rien ?

En Avril 2016, Forbes publiait un article intitulé : “Est-ce que les ventes de PC sont sans importance ?” Dans celui-ci, l’auteur expliquait que les ventes de PC étaient descendues d’environ 10% le première quart de 2016.

Là où une telle chute aurait soulevé l’étonnement général si les ventes avaient été celles de smartphone Android ou d’iPhone, personne ne s’intéresse plus vraiment à l’état des ventes de PC.

Ces ventes sont en baisse constante depuis plusieurs quarts, mais tout le monde s’en fiche. On achète désormais un ordinateur portable par besoin plutôt que par envie. Si travailler sur tablette ou smartphone était aussi pratique que sur PC, plus personne n’en achèterait.

Face à ce qui ressemble très fort au déclin de Nokia ou Blackberry il y quelques années, les constructeurs de PC n’ont pas la vie facile. S’orienter temporairement vers le haut de gamme est une bonne stratégie, mais pas à long terme.

Ainsi, le marché grandissant des chromebook est une excellente opportunité. Les composantes sont peu chères, le système d’exploitation est gratuit, et la concurrence n’est pas encore très grande.

Aux États-Unis, les chromebook se vendent comme des petits pains. Certains ont dépassé le millier de reviews sur Amazon, et les ventent de chromebook ont récemment réussi à dépasser celles des Mac.

Courbe d'adoption d'un produit

Comme tout produit innovant, il faut un certain moment au marché de masse pour suivre la vague. Aux États-Unis, l’adoption en est déjà au stade de la majorité précoce. En Europe, nous n’en sommes qu’aux early adopteurs, un marché de niche.

Comme la courbe de Moore l’indique, il arrive un moment où un produit innovant doit franchir le gouffre entre le marché de niche et celui de masse.

Habituellement, ce franchissement se fait à l’aide de campagnes publicitaires. On se base sur les réussites que le produit a connues auprès des early adopteurs, et on utilise ces réussites pour convaincre le marché de masse.

Or, un problème majeur de la commercialisation des chromebook est l’absence totale de publicité à leur égard.

On peut imaginer assez raisonnablement que Google et les constructeurs attendent la sortie du Play Store pour commencer ces campagnes. Mais tant que le marché de masse ne connaîtra pas les chromebook, il n’en achètera pas.

La peur

Connaître l’existence d’un produit est le premier pas vers son adoption. Le second, c’est vaincre ses doutes et ses peurs.

Le changement, chez les humains, a la capacité de générer une quantité de doutes et de peurs incroyable. Surtout quand on est contre la majorité.

Windows a réussi à s’imposer comme le système d’exploitation le plus populaire du monde, et de très loin. Plus de 85% des PC tournent sur Windows, et la grande majorité des utilisateurs ne connait même pas l’existence d’autres systèmes d’exploitation comme MacOS ou Linux.

Le simple fait d’expliquer à un utilisateur que les chromebook sont sous un autre système d’exploitation va déjà activer toutes les alarmes “Danger, inconnu !” de son cerveau. Ensuite, il suffit de lui dire que le stockage local des chromebook est minime car l’utilisation se fait principalement dans le cloud pour être sûr de le voir partir en courant.

Avoir Windows sur son PC est devenu une zone de confort d’où il est difficile de sortir, et en particulier du côté des applications. En effet, tout programme dispose d’une version Windows mais pas forcément d’une version web. Ce n’est que récemment par exemple que Skype est devenu accessible via le web, et encore, sous certaines restrictions.

La suite Microsoft Office a elle aussi mis du temps à passer au web avec Office 365. Du côté d’Adobe, la demande en ressources locales impose carrément de se resteindre aux machines Windows ou Mac OS, rendant l’utilisation de sa suite d’application impossible pour les utilisateurs de chromebook.

Face aux complications liées aux applications professionnelles qu’entraînerait le passage au chromebook, beaucoup préfèrent rester dans le confort de Windows.

Il y a quelques jours, un ami m’a demandé conseil pour l’achat d’un nouvel ordinateur portable. Comme il est étudiant et qu’il n’aura pas absolument besoin d’applications Windows pour ses études, je lui ai conseillé un chromebook.

Après réflexion, et malgré avoir entendu mes arguments en faveur des chromebook, il a préféré choisir un PC Windows. Son argument principal ? “Par sécurité, au cas où j’aurai besoin d’applications qu’il n’y a pas sur chromebook”.

Plutôt que s’orienter vers un PC Windows par préférence, par envie, les utilisateurs le font par dépendance et par peur.

Le résultat de la stratégie de Microsoft

Cette dépendance des gens pour les applications Windows, Microsoft s’en frotte bien les mains. C’est probablement le seul et dernier avantage de leur système d’exploitation par rapport aux autres, mais il est d’une puissance impressionnante.

Depuis longtemps, Microsoft a adopté une stratégie de promotion aggressive pour son système d’exploitation et sa suite Office.

Le domaine public et éducatif est d’ailleurs une cible de choix, comme me l’indique Guy Déridet :

“Je suis bien placé pour connaître les méthodes de Microsoft. J’ai travaillé 30 ans comme agent comptable dans l’éducation nationale et donc en qualité d’acheteur public d’ordinateurs et de licences Microsoft, à l’époque de sa toute-puissance.

Je me suis battu pendant des années pour installer dans mes établissements des serveurs Linux à la place des Serveurs NT, et des logiciels libres à la place d’Office.

Aujourd’hui, à de rares exceptions près, Office est toujours très bien implanté dans les établissements scolaires et les logiciels libres n’ont réussi à s’imposer qu’à l’université.

Je rappelle que le moindre lycée ou collège, maintenant, compte des centaines d’ordinateurs et autant de licences Office, à renouveler tous les ans. Si un agent comptable veut imposer des chromebook et des logiciels libres à la place de machines entièrement Windows, bon courage.

C’est possible, puisqu’un établissement secondaire dispose de l’autonomie financière, c’est souhaitable, car les économies seraient considérables, mais je ne vous dis pas les pressions auxquelles il sera exposé.”

En tant qu’étudiant, je ne peux que confirmer cette allégation. À la HEPL, l’énorme Haute-École comptant plus de 8000 étudiants où je suis mes cours, chaque personne se voit donner un compte Office 365 ainsi qu’une adresse mail sous Office.

Dans les cours d’informatique, on enseigne Word et pas LibreOffice ou Docs. On enseigne PowerPoint et pas Prezi ou Slides.

Ainsi, une fois les étudiants formés, on est sûr qu’ils sont familiarisés avec les outils Microsoft et aucun autre. On les enferme dans cette zone de confort qui les fera s’effrayer quand on leur parlera de chromebook ou de logiciels libres.

Les pratiques convaincantes de Microsoft ne s’arrêtent pas aux institutions publiques. La Surface Pro se veut par exemple l’outil de choix pour le monde professionnel privé. Les smartphone Lumia ont eux aussi été présentés comme une solution d’entreprise faite pour “la productivité” et “l’efficacité”.

Toute cette stratégie de domination orchestrée par Microsoft depuis une dizaine d’années est donc bien un paramètre majeur pour lequel personne n’achète de chromebook en Europe.

Les revendeurs

Lorsque, après avoir appris ce qu’était un chromebook et avoir vaincu ses peurs de dépendance à Windows, on désire enfin en acheter un, faut-il encore savoir où se rendre.

Les revendeurs, tout comme les constructeurs, ont pour objectif de générer un maximum de revenus. Pour eux, l’équation n’est pas compliquée : on vend ce qui se vend, et sur quoi on fait un maximum de profits.

Il suffit de se rendre dans n’importe quel gros magasin d’informatique pour observer que c’est le haut de gamme qui est toujours mis en avant. Pas étonnant, c’est là-dessus qu’ils font le plus de marge.

Or les chromebook, de par les problèmes énoncés dans les points précédents, ne se vendent pas bien en Europe. Alors c’est simple, on n’en vend pas.

Le seul choix pour le consommateur reste alors de se rendre en ligne sur Amazon ou les quelques autres sites qui en proposent, ce qui est un frein de plus pour certaines personnes comme les jeunes (pas de carte de crédit) ou les personnes âgées (préférant les boutiques matérielles).

Le chemin vers l’adoption des chromebook

Les péripéties dont un potentiel utilisateur de chromebook doit triompher avant de profiter de son achat sont incroyablement ridicules. Dans l’état actuel des choses, il est simplement logique que personne n’en achète.

Cependant, les États-Unis sont un bon exemple de marché où Google est passé à l’offensive, et où les chromebook ont réussi à s’imposer en une vitesse record.

Avec l’arrivée imminente du support du Google Play Store et des applications Android sur chromebook, il y a fort à parier que Google redoublera d’effort pour populariser son produit.

Il ne faut pas oublier que Google est le roi absolu de la publicité en ligne. Si les gens ne voient pas constamment des chromebook quand ils naviguent sur le web, c’est parce que Google veut qu’il en soit ainsi.

Couche après couche, les raisons pour lesquelles les gens n’achètent pas de chromebook risque de bientôt s’écrouler. D’abord la peur et la dépendance des applications Windows avec le Google Play Store. Ensuite, l’ignorance avec la publicité massive que Google et les constructeurs partenaires lanceront. Enfin, les revendeurs suivront et exposeront fièrement des chromebook sur les étagères de leurs magasins.

Source des statistiques : https://www.statista.com/statistics/430473/chromebook-unit-shipments-region/

À propos de l'auteur

Robin Lespagnard

Créateur du site Chromebookeur, passionné par les nouvelles technologies et étudiant en E-Business.

4 Commentaires

  • Je confirme tous les points évoqués. Il en manquerait un dans le chapitre « Peur » : la peur de tout confier à Google.
    Quand je montre mon Chromebook, les gens sont tout de suite séduits : rapidité d’allumage, facilité de gestion séparés d’un compte perso et d’un compte pro, autonomie de la batterie, légèreté, pas de problème de gestion d’antivirus, toutes les applications bureautiques indispensables, une foule d’extensions et un prix défiant toute concurrence. Ils se désintéressent brutalement quand j’évoque l’environnement Google. J’ai régulièrement constaté que cette peur est complètement irrationnelle dans la mesure où les mêmes personnes n’hésitent pas à confier à Facebook leurs photos de gamins ou de vacances… 🙂

    Confirmation également du parcours du combattant pour en acheter un : rien en magasin « ça ne se vend pas en France ». Résultat je me suis tournée vers Amazon alors que j’évite d’acheter en ligne pour privilégier les surfaces proches de chez moi. Le Chromebook que j’ai commandé a été volé avant de parvenir dans ma boîte aux lettres. J’ai donc racheté celui d’un étudiant via le Bon coin. J’en suis ravie.

    • Salut Claire !

      Merci pour ton commentaire détaillé, et très juste. Il est vrai que j’ai oublié de mentionner ce paramètre, que j’ai moi aussi pu observer chez certaines personnes.

      Sinon, misère, t’as vraiment pas eu de chance avec la livraison.

  • Hello,

    c’est quand même irrationnel cette « peur de google » à partir du moment ou google n’impose rien à part son navigateur (que tout le monde utilise déjà) puisque c’est lui le système d’exploitation.

    Un OS/navigateur ça veut dire quoi ? Ca veut dire qu’on trouve tout sur le web, donc qu’on a tout ce que le web nous offre comme choix. Qui empêche celui qui préfère Onlyoffice d’utiliser cette suite plutôt que celle de Google ? Et celui qui préfère Flickr à Google Photos n’aura qu’à entrer l’URL dans le navigateur et faire ce qu’il veut derrière de la même façon, y a aucune restriction…

    Même pour ses mails et son navigateur de recherche, rien n’empêche de passer par bing et par hotmail pour les nostalgiques de Microsoft, c’est le web quoi, on va où on veut…

    Quant au play store, on sait déjà qu’on est loin de n’avoir droit qu’aux applications google…

    Et même pour ceux qui voudraient un navigateur alternatif, j’ai installé sans souci firefox depuis le play store (dans mon cas, c’est simplement pour gérer deux comptes twitter en même temps car c’est impossible à partir d’un seul et même navigateur, mais je préfère de loin utiliser chrome pour tout le reste).

    Quoiqu’il en soit, en tant qu’early adopteur de longue date, j’ai connu pas mal d’échecs qui m’ont un peu fendu le coeur car certains produits répondaient à toutes mes attentes mais ont fait de superbes flop, et j’espère que ça ne sera pas le cas pour les chromebooks car c’est vraiment une machine ultime, je n’ai jamais autant apprécié un ordinateur que celui-ci qui répond à 99.9 % de mes attentes.

    (je laisse 0.1 % car la qualité de l’écran de mon chromebook est un peu en deça de certains ordi haut de gamme, mais je voulais absolument un réversible en alu de moins d’un kilo de 10″ grand max pour de l’ultraportabilité, et le flip C100 répondait à tout malgré la qualité d’écran qui n’atteint pas celle des hauts de gamme – sans être bas de gamme non plus, n’exagérons rien)

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